Nadia, une prostituée d’Antananarivo, nous raconte comment elle a fini par vendre son corps.(Son récit a été édité pour plus de clarté)

« Je m’appelle Nadia (ndlr, non d’emprunt) et je suis une prostituée. J’ai 25 ans et cela fait 6 ans que j’exerce ce métier. Il y a dix ans, je ne pensais pas que plus tard, je coucherais pour de l’argent. Mais ce qui s’est passé dans ma vie m’y a un peu obligée.

Je viens du Sud de Madagascar et c’est après mon Bac que mes parents m’ont envoyée à Antananarivo, afin de poursuivre mes études à dans une bonne université. Mon père était chauffeur de bus et ma mère était femme au foyer.

Bien qu’on ait été une famille modeste, je n’ai jamais ressenti que je manquais de quoi que ce soit durant mon adolescence. Mon père avait les moyens de m’envoyer ici (ndlr, à Antananarivo) et de payer mes études en commerce dans un établissement privé, en faisant quelques sacrifices.

Cependant, ma vie a basculé un 5 novembre, lorsque mon père nous a quittées. Il a laissé une veuve et deux enfants. Moi j’était en première année.

Une semaine après le décès de mon père, ma mère m’explique qu’elle ne pourra plus m’envoyer de l’argent et que si je voulais continuer à étudier à Antananarivo, il fallait que je trouve un travail.

J’aurais pu rester dans mon village, mais je me suis rendue compte qu’étant donné mes résultats, cela aurait été dommage que j’arrête. J’avais également peur d’y rester coincée pour toujours. Les perspectives d’avenir sont très limitées, dans ce genre coin perdu.

Je revins donc à Antananarivo avec un peu d’argent donné par un oncle, de quoi survivre pendant un mois. Après cela, je devais me débrouiller.

Les 3 premiers mois, j’ai travaillé dans un call center la nuit, tandis que j’allais en cours la journée.

A l’institut, ceux qui connaissaient ma situation me soutenaient. Parfois, lorsque j’étais trop fatiguée pour aller en cours, des amis venaient chez moi pour m’apporter les photocopies.

Un jour, l’une d’entre eux, Anja (ndlr, nom d’emprunt aussi), me révéla son secret. Elle me raconte qu’elle aussi, elle ne pourrait pas payer ses études en comptant seulement sur l’aide de ses parents.

En réalité, Anja se prostituait, pour payer son écolage, son loyer et se nourrir. Et elle voulait que j’essaie, pensant pouvoir m’aider.

J’étais stressée, fatiguée et désespérée. Même si l’idée de coucher avec m’importe qui me répugnait, la détresse fit que j’ai tout de même accepté sa proposition.

Lorsqu’on se prostitue, le plus dur, c’est la première fois. Par la suite, tout devient automatique. Avec le recul, plus tard, je me suis rendue compte que cela m’a fait perdre quelque chose dans mon âme, comme si j’étais moins un être humain et plus une machine. A cause de ça, je suis incapable d’avoir une relation amoureuse.

Anja m’avait emmenée dans un endroit très fréquenté de Tana. L’exercice consistait à rester dans un coin et de se faire remarquer par les hommes à tout prix. Quand on se fait aborder, on discute et si le client n’a pas l’air trop bizarre, on conclut le deal.

Dès le premier soir, je me suis rendue compte que si je faisais cela une fois par semaine, je pourrais quitter mon boulot épuisant tout en gagnant assez d’argent pour subvenir à mes besoins et payer mes études.

Je ne raconte pas tout cela pour me justifier ou pour dire que la prostitution, c’est bien (non, ce n’est pas bien). Mais quand je vois les gens qui parlent de ce métier, qui jugent et qui dénigrent, sans se demander comment on finit dans cet engrenage, cela me dégoûte.

Certes, je connais des filles qui font ce métier pour le fun, parce qu’elles aiment le mode de vie, mais il y a aussi les filles comme moi qui en sont arrivées là du fait de la détresse, qui n’ont pas eu les mêmes chances qu’eux dans la vie. Personne n’était là pour m’aider, alors j’ai dû prendre une décision.

A toutes celles qui me demanderaient de leur apprendre la prostitution, je ferais tout pour qu’elles trouvent une autre solution, tout pour qu’elles ne deviennent pas comme moi.

Mais personnellement, je ne regrette pas les choix que j’ai faits. J’ai fait un gros sacrifice, j’ai sacrifié mon corps, pour avoir une vie meilleure.

Aujourd’hui, j’ai un Master en commerce et un bon boulot. La petite villageoise fait maintenant partie de la classe moyenne de la capitale.

Le seul ennui, c’est que je me prostitue toujours. Une fois qu’on a goûté à l’argent « facile », c’est difficile de quitter le milieu, même si on a déjà de quoi vivre assez bien. C’est un peu comme une drogue. Tout ce qui a changé, c’est que je suis devenue plus sélective et qu’on me paie plus. La dernière fois que je suis ‘sortie’, c’était il y a un mois et demie. »

LEAVE A REPLY