« J’ai créé cette entreprise en 2011 quand j’avais 19 ans »

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En 2015, Hanta Tiana présentait ses produits bio dans un reportage de la chaîne américaine CNN. Crédit : CNN
En 2015, Hanta Tiana présentait ses produits bio dans un reportage de la chaîne américaine CNN. Crédit : CNN

Lors d’un débat informel en marge du forum SEO de Madagascar, le fondateur d’une start-up spécialisée dans le référencement m’a dit que le problème à Mada, c’est qu’on manque d’inspirations pour la jeunesse. Pourtant, l’inspiration est là, mais peut-être pas assez mise en avant.

Il y a quelques semaines, nous évoquions par exemple l’histoire de Malala qui, à 19 ans, a fondé une entreprise spécialisée dans les emballages biodégradables. Et aujourd’hui, nous parlons de Flore Aroma, une entreprise de 6 employés qui vend à Madagascar des produits à base d’huiles essentielles. En 2015, elle vendait au moins 2 000 produits par mois.

Hier, on a appris que Hanta Tiana, sa fondatrice, figurera sur la liste « 30 under 30 » de Forbes Africa. Cette liste a été créée pour inspirer les jeunes en Afrique et pour la journaliste qui l’a éditée, ces 30 jeunes entrepreneurs de moins de 30 ans sont les « milliardaires de demain ».

Pour que vous en sachiez plus sur l’histoire de ce succès malgache, nous avons décidé de l’interviewer. A la fin de cet article, vous avez également un reportage de CNN, en anglais, sur les activités de l’entreprise.

Pour commencer, est-ce-que tu peux nous raconter brièvement l’historique de Flore Aroma ?

« Avant, Flore Aroma se nommait Bio Mada. J’ai créé cette entreprise en 2011 quand j’avais 19 ans. Nous vendons essentiellement nos produits anti-moustiques et anti-transpirants en pharmacie et dans les foires tels que la Grande Braderie de Madagascar. En 2015, Bio Mada a gagné en visibilité grâce aux trophées de la Meilleure Entreprise en Développement de Madagascar puis de la Meilleure Entreprise en développement de l’Océan Indien par la Commission de l’Océan Indien et ensuite de la reconnaissance de l’excellence par le Ministère de l’Industrie et du Développement du Secteur Privé.

Ensuite, Bio Mada a travaillé avec l’incubateur de start up Century Reliable Partners. Et après une étude avec CRP nous avons renommé Bio Mada en Flore Aroma. »

Est-ce vrai qu’avant de fonder ta start-up, tu as étudié en Californie ?

« Oui j’ai étudié l’administration des affaires à California State University, Chico. Mais j’ai arrêté mes études après un an pour commencer à travailler à 19 ans. »

Et comment t’es venue l’idée de te lancer dans les huiles essentielles ?

« On a un alambic familial que j’ai exploité, puis j’ai cherché des plantes à valoriser pour les vendre au grand public sous forme de produits finis. »

Et à partir de quel moment ton business a vraiment décollé ?

« Apres les tests de marché avec la grande masse aux foires comme la Grande Braderie de Madagascar et les nombreux feedbacks pris en compte, on a travaillé avec un grossiste pharmaceutique et c’est là que ça a vraiment décollé. »

Tu as de nombreux concurrents dans ton domaine, pour ne citer que la référence Homeopharma. D’après toi, qu’est-ce qui distingue tes produits?

« La valeur ajoutée des produits de Flore Aroma est sa dimension écologique car nos matières premières sont à base de valorisation de plantes et donc elles participent à la protection de l’environnement et de la biodiversité. Grâce à cela, nos prix nous permettent de nous adresser à une clientèle de masse. Avec Flore Aroma, les huiles essentielles ne sont plus des produits de luxe et avoir une bonne hygiène de vie sans se ruiner tout en utilisant des produits 100% naturels et qui ne sont pas nocifs pour la santé est aujourd’hui possible. »

Tu as étudié aux USA, puis tu es revenue à Mada pour te lancer dans l’entrepreneuriat. Du coup tu dois connaître les deux marchés. Selon toi, quelles sont les principales difficultés à Madagascar quand on lance quelque chose ?

« Le plus difficile reste de rassembler tous les éléments pour pouvoir s’adapter au marché malgache et à la conjoncture actuelle. Et pourtant il faut aussi se connaitre et ne pas forcément se formater avec ce qu’il y a déjà pour pouvoir se différencier avec une touche d’innovation. Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux et aux nombreux concours internationaux sur lesquels on peut s’inscrire en ligne, on peut malgré tout gagner énormément en visibilité si notre projet plait. »

Forbes Africa t’a mise sur sa liste 30 under 30. Pour toi qu’est-ce que ça signifie ?

« Forbes Africa a écrit sur des milliers d’entrepreneurs Africains ou venants d’Afrique. Si eux croient en ma réussite, je crois en leur capacité d’analyse et je me relèverai plus rapidement que jamais après les futurs coups durs et difficultés. Les médias disent qu’on est le pays le plus pauvre du monde et pourtant ils mettent une Malgache dans la liste Forbes Africa 30 Under 30. Cela veut dire que nous ne sommes pas prisonniers du triste tableau que l’on voit aujourd’hui mais que notre génération et les prochaines générations ont et auront les réelles capacités de construire un Madagascar meilleur et pleins de valeurs. »

Aujourd’hui, une génération de startpeurs émerge à Madagascar. Cependant, nombreux sont ceux qui n’osent pas franchir ce pas, en raison des nombreuses difficultés, comme les taux d’intérêt trop élevés des banques, le faible pouvoir d’achat des consommateurs ou encore leur manque (supposé) d’expérience. C’est pour cela que les histoires comme la tienne sont importantes. Elles donnent de l’espoir, elles montrent qu’il est permis de rêver. Qu’est-ce que tu dirais à un jeune comme toi, avec une idée qui pourrait cartonner, mais qui n’ose pas franchir le pas ?

« S’il n’ose pas franchir le pas alors je lui dirai de commencer tout de suite pour pouvoir gagner du temps et pour pouvoir tomber et se relever autant de fois que nécessaire tant qu’il est encore jeune. Les plus grandes réussites ont au moins 10 ans d’expérience dans leurs domaines. Ils n’ont pas réussi parce qu’ils sont bons dans ce qu’ils font mais parce qu’ils ont de l’expérience. Si tu veux réussir dans ton domaine à 35 ans, alors prend de l’avance et commence à 25 ans. Il ne s’agit pas de sauter le pas mais uniquement d’acquérir le plus d’expérience possible avec les moyens qu’on a. »

(LOL) Est-ce qu’un jour Flore Aroma fera un remède bio contre la gueule de bois ?

« Haha promis on développera ça. »

Ci-dessous, un reportage de CNN, en anglais.

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