Comment les Malgaches s’en sortent-ils avec si peu ? Avec beaucoup d’ingéniosité

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2026
“Ensemble, nous deviendrons une force” Capture d'écran de la bande-annonce de “Ady Gasy”, un documentaire les façons joindre les deux bouts à Madagascar, par Lova Nantenaina via YouTube
“Ensemble, nous deviendrons une force” Capture d’écran de la bande-annonce de “Ady Gasy”, un documentaire les façons joindre les deux bouts à Madagascar, par Lova Nantenaina via YouTube

Madagascar a eu une série de malchances au cours des dernières années. Son économie a encore du mal à se remettre après avoir été frappée à plusieurs reprises par des cyclones et des crises politiques. La population malgache a pris l’habitude de joindre les deux bouts en dépit des défis de taille.

Ady Gasy (La débrouillardise malgache) documente ce mode de vie qui est unique à la culture et à la société malgaches. Rejetant la surconsommation qui sévit dans le monde développé, le film examine comment les Malgaches ont adopté un mode de vie écologiste de réorientation et d’autonomie au milieu d’une crise économique mondiale, grâce à l’ingéniosité.

Malgré la pauvreté, la disette et l’inondation endémiques de Madagascar, le documentaire, par le cinéaste prometteur Lova Nantenaina, ne cherche pas la sympathie des téléspectateurs. Il se concentre plutôt sur la façon dont le peuple malgache a surmonté ses luttes quotidiennes, comme on le voit à travers les yeux d’un enfant (le personnage principal du documentaire). Le film a reçu des critiques quasi unanimement positives par le public et les critiques. Le critique de cinéma français Rémy Roche relate comment le documentaire montre cette ingéniosité dans les moindres détails :

« Ce que veut montrer Ady Gasy (prononcer as “Ad Gash”), du nom d’une expression commune là-bas: débrouillons-nous. Et il savent faire, pour survivre. Un briquet jetable ne se jette pas, il se répare et se recharge de gaz, de vieux pneus on fait de belles sandales inusables, on transforme une ampoule grillée en lampe à pétrole, des boites de conserves vides on fabrique des jouets »

Pour les Malgaches, il était essentiel que le film donne une représentation exacte de la situation tout en évitant de présenter les citoyens comme des victimes. Kalabasivava, chercheuse malgache résidant en France, explique pourquoi:

« C’est un vibrant hommage à la résistance et au courage d’un peuple longtemps abandonné et soumis à diverses contraintes extrêmement difficiles »

Regardez la bande annonce ci-dessous :

Tomavana, un citoyen malgache qui a regardé la première mondiale du documentaire en Suisse, a été séduit par la vision du cinéaste :

« Lova Nantenaina donne la parole au rocher sur laquelle la société malgache est solidement bâti: le peuple. Sans fard ni complaisance, le regard qu’il propose est une incursion dans le quotidien des « gens ordinaires » à Madagascar. Le spectateur est invité à cheminer au travers des dédales de ruelles, de quartiers qui abritent ces petits ateliers, autant de repères pour des petits métiers où la vie bouillonne et où l’espoir foisonne, un terreau fertile pour la résilience du peuple malgache. »

Sandrine Marques, sur son blog sur Le Monde, ajoute que la narration orale fait partie intégrante aussi bien de l’identité malgache que du film :

« De l’art oratoire pour conjurer la misère et célébrer les vertus de la solidarité. Voilà en quoi consiste l’argument de ce documentaire aussi humble que son sujet et qui nous montre les différentes facettes de la débrouille à Madagascar. L’expression « ady gasy » recouvre plusieurs sens dans la culture malgache et concerne autant les pratiques culturelles, culturales que médicinales. »

Chose étonnante, il est intéressant de noter que l’industrie du cinéma malgache connait un boom créatif en dépit de l’impasse économique. Colin Dupré de l’INA Global explique ce paradoxe :

« Sur l’île rouge, il n’existe plus de salles de cinéma et aucune structure étatique n’est véritablement en mesure d’œuvrer pour le développement du secteur, faute de volonté politique, faute de financements… le véritable renouveau est venu du format court. Un court-métrage coûte moins cher, et le réalisateur n’a pas à besoin de chercher un apport financier auprès des financeurs du Nord. Ainsi donc, libéré de toute contrainte scénaristique et esthétique, le court-métrage s’émancipe du formatage subi par le long métrage… ll y a une vraie mutualisation des compétences durant le processus de création. Il s’agit d’un des rares secteurs artistiques à Madagascar où les acteurs collaborent afin d’optimiser les résultats. »

Lova Nantenaina est très clair sur ce qu’il espère que son film fera réaliser. Il affirme dans une interview :

« Il est de notre devoir de donner confiance à tous ces héros du quotidien »

Ecrit par Lova Rakotomalala, traduit par Lalatiana Rahariniaina. Aricle protégé par la licence CC – BY (https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/deed.fr)

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