Quand l’Ihorombe s’expose à Madrid…

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Koléane FOXONET

Pour cet article on est parti à la rencontre d’une jeune photographe malgache. Elle n’habite pas à Madagascar mais fait parler de la grande île rouge à sa manière, c’est-à dire avec son appareil photo.

On est tombée sur elle par hasard sur internet. Koléane Foxonet en mai 2017 avait présenté une exposition sur Madagascar à l’Alliance Française de Madrid. Cette exposition portait le titre de   » Femmes de l’Ihorombe ». 

Zoom sur Koleane FOXONET…

Blog de Madagascar: Bonjour Koléane. Dis-nous de quoi parle ton exposition.

Koléane FOXONET: Bonjour. « Femmes de l’Ihorombe » est le nom donné à  la série de photos dédiée aux femmes du plateau de l’Ihorombe, plus précisément aux Femmes et Filles qui habitent le village de Beapombo. Les photos reflètent le quotidien de ces jeunes filles et Femmes qui font un parcours du combattant, pieds nus, plusieurs fois dans la journée, sur des kilomètres pour s’approvisionner en eau qui n’est même pas sûr d’être potable. Mais c’est également des photos qui montrent la relation que celles-ci ont avec l’eau.

Femmes de L’Ihorombe

BDM : D’où t’es venue l’idée de faire cette exposition ? 

KF : Longue histoire !!! Cinq minutes avant même que je décide de suivre les jeunes Femmes dans leur trajet habituel en approvisionnement en eau, je n’avais aucune idée de ce que j’allais en tirer des clichés que j’allais prendre. Je n’avais pas de thème en tête avant de commencer mais évidemment ce n’est que sur le coup que j’ai réalisé que j’avais un sujet intéressant à exploiter. Une fois rentrée à Tana après mon voyage dans le sud, j’ai réellement pris le temps de regarder les photos que j’avais en main, je trouvais que ces photos avaient quelques choses de spéciales, elles me parlaient. Alors, j’ai décidé de créer un book deux jours avant que je ne retourne en France. Grosse course contre la montre.

Avant de venir en Espagne, dans l’avion pour Paris l’idée de voir mes photos sur un mur m’est venue plusieurs fois déjà, et puis tu sais à force de nourrir ses pensées avec les mêmes idées, on finit par y croire. Du coup, je me suis dit que comme j’allais m’installer pendant un an en Espagne, pourquoi ne pas tenter d’exposer là-bas. Et on m’a un jour dit « le culot paie toujours » so why not ?

Femmes de l’Ihorombe

DM : il semble que les photos pour « Femmes de l’Ihorombe » ne soient qu’en noir en blanc ?

KF : Pour cette série de photos « Femmes de l’Ihorombe », oui complètement. Ces photos-là ne sont qu’en noir et blanc mais à chaque inauguration je diffuse sur un écran quelques vidéos en couleur. Je suis amoureuse des photos en noir et blanc mais selon moi je ne vois pas « Femmes de l’Ihorombe » d’une autre couleur qu’en Noir et Blanc.

BDM : « Femmes de L’Ihorombe » parle des Femmes Bara mais aussi du problème d’eau ?

KF : Exactement, le thème  concerne la relation qu’ont ces Femmes avec l’eau.

Les femmes, munies de leur sceau d’eau de 15 à 20L font le chemin à pieds plusieurs fois dans la journée. Ce rapport qu’elles ont avec l’eau concerne également les problématiques que cela engendre depuis le vol des pompes à motricité humaine qui permettaient aux villageois d’accéder à l’eau potable. Un vol officiellement déclaré le mois d’aout 2016. Depuis, les habitants n’ont d’autres choix que de puiser l’eau dans un puits à ciel ouvert à proximité de bovins où l’eau n’est pas certifiée potable. De cela découle deux problèmes : le développement de maladies d’origines hydriques telles que le choléra, le paludisme, la diarrhée, la bilharziose … et le temps qu’elles perdent pour parcourir le trajet est longue ce qui réduit leur productivité dans les autres activités qu’elles entretiennent que ce soit à la maison où dans les champs.

Femmes de l’Ihorombe

BDM : Tu comptes exposer ailleurs qu’à Madrid ?

KF : Alors, j’ai fait mon premier vernissage à la Corogne (Espagne) en mars, ensuite  à Carballo (Espagne) en avril pour une association, puis à l’Alliance Française de Madrid en mai, après ce petit bout de chemin, je souhaiterai évidemment exposer ailleurs. J’ai  pleins de pays en tête et le prochain se fera en République Tchèque. Pour la rentrée prochaine je pense faire une petite tournée  Européenne.  Pour boucler cette petite tournée je souhaiterai exposer à Madagascar, dans le village où j’ai pris les photos, là où tout a commencé.

Femmes de l’Ihorombe

BDM : dernière question Koléane, tu as d’autres projets photo en vue ? 

KF : Oui, j’ai plein d’idées écrit sur papier déjà mais je ne voudrai pas faire dans la précipitation et prendre des photos pour prendre des photos. Pour le moment je prends le temps d’apprécier la petite tournée, de savourer chaque rencontre et échange avec le public, d’acquérir de l’expérience et mieux apprendre à manipuler mon appareil photo, la base.

Vivement qu’elle réalise toutes ses idées.