Nous aussi, dans le Menabe, on a eu notre feu d’artifice local

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(Par Pierre Koval) Il y a quelques jours, on avait repéré une forêt aux baobabs sympa à aller explorer.

Vu du ciel, elle ressemblait très clairement à celle de Kirindy, situé à 1h de route de là.

Ce matin, jour de l’indépendance nationale, j’ai pris mon sac à dos, chargé la bouteille d’eau et le télé-objectif m’imaginant déjà découvrir et photographier des lémuriens sauvages vivants dans un petit paradis forestier originel.

Arrivée à l’orée de la forêt, la végétation dense nous suggérait de belles surprises et une matinée dans un environnement.

Nous avions repéré, lors de notre première venue un chemin de charrettes à zébu et décidons de l’emprunter.

 

Alors, nous rentrons dans cette forêt en profondeur. Katrafay, baobabs, orchidées épithètes bordent notre route et on se dit “ les lémuriens ne doivent pas être loin”. On y croit et on avance.

 

 

Et puis d’un coup, c’est la douche froide. On pensait suivre un chemin de charrettes à zébu de villageois qui partaient travailler dans les salines artisanales du coin, mais en fait non. Ce chemin nous menait droit à une zone de coupes et de brûlis de la forêt.

 

Mais comme si couper ne suffisait pas, le feu a également été bouté au secteur. Les troncs calcinés jonchant le sol et ce dernier dénué d’humus en décomposition le montre bien.

Et le plus moche, c’est que les baobabs et arbres restants après la coupe et le feu sont affaiblis . Les flammes rongeants l’écorce, ceux ci sont fragilisés et laisser à la portée des parasites et autres champignons entrant dans leurs structures. Conséquence: ils tombent après quelques temps. Ces géants finissent littéralement K.O. .

Des siècles de croissances réduits à néants par quelques coups de haches et craquages d’allumettes.

3 géants au tapis.

 

Un peu amer, on décide de rebrousser chemin, en comprenant que ce n’est pas aujourd’hui que l’on verra des lémuriens dans cette zone.

…Au pire, un gasy avec sa hache et sa bouteille de toka-gasy.

En se dirigeant vers la sortie, on a compris pourquoi on avait aucun oiseau et entendu aucun chant. L’activité débordante du coin à du les pousser à s’en aller. Une fois sorti de la forêt, on se dit que c’est fini et que c’est derrière…et bien non, ça continue de plus belle… Un panache de fumée noire monte au ciel à quelques kilomètres de là.

Une fumée noire et dense.

 

On s’en approche, en se demandant ce qui brûle. Et là, c’est l’incompréhension. Ce qui brûle, ce n’est pas pas une forêt ou une zone due culture, ce sont les roseaux d’un lac que des villageois allument, le lac Bedo. D’abord, deux départs de feus, puis quatre, puis 6….
Il y a quelques années, ce lac était rempli d’oiseaux et contenait de l’eau toute l’année. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un tas de boue fumant où la vie a déserté. Ne reste que quelques reptiles et batraciens que les corbeaux auront vite fait de gober une fois grillé.
Et vraiment, on se demande l’intérêt de bouter le feu à cette zone. Citoyens Malagasys, on me dit souvent que je suis vazaha et que je ne peux rien dire car je ne suis pas chez moi, mais je me permets de vous montrer ce à quoi ressemblera votre pays dans 20 ans, si rien n’est fait:

A propos de l’auteur de ce billet : Pierre Koval est un photographe et pilote de drone belge. Il vit à Madagascar depuis des années, travaille dans le tourisme et milite pour préserver l’environnement à Madagascar.