L’émouvant témoignage d’une immigrée malgache en France

0
5560
Source : facebook.com/nataly.andria
Source : facebook.com/nataly.andria

Les occidentaux qui viennent vivre à Madagascar se définissent comme expatriés. Mais Nataly, quant à elle, assume son statut d’immigrée. Dans les années 2000, elle s’est fait connaitre grâce à une émission de téléréalité qui l’a rendue célèbre. Cependant, Nataly Andria a décidé de vivre ailleurs, en France. Aujourd’hui, elle fait partie des Malgaches qui ont réussi à l’étranger. Au mois de mai, elle a même obtenu sa nationalité française. « C’est un moment fort, écrit-elle. Non pas parce que mon rêve était de devenir française, non, mon rêve était d’être LIBRE ».

En tout cas, ce moment fut pour elle une occasion de révéler son parcours, raconter ses galères à ses 21 000 fans sur Facebook. « Comme tout immigré, j’ai connu ces angoisses avant les RDV à la préfecture pour renouveler son visa, lit-on dans le témoignage de Nataly. Les nuits d’insomnies dans l’attente du renouvellement, sans compter les opportunités professionnelles qui me sont passées sous le nez parce que je n’étais pas en possession des papiers adéquats ou du « bon » passeport, gérer le décès d’un de vos parents à 12000kms, prendre l’avion non pas pour des vacances mais pour retrouver les siens dans un dernier aurevoir. »

Avec l’accord de cette artiste, qui fait aujourd’hui sa carrière à l’étranger, le Blog de Madagascar publie ci-dessous l’intégralité de ce témoignage.

Il y a environ 12 ans, je quittais pour la toute première fois ma terre natale, Madagascar, pays où je suis née et où j’ai grandi, pour aller m’installer ici, en France, un pays où je n’avais jamais mis les pieds auparavant, avec ma vie résumée et réduite à une valise de 30kgs et uniquement 150€ euros en poche.

J’ai fait ce choix de tout laisser derrière moi, mes parents, mes frères, mes amis parce que j’avais des ambitions très grandes et laisser mourrir mes rêves, c’était me laisser mourrir. Le choix était de partir et affronter toute l’adversité qui allait inévitablement se présenter ou se laisser mourir dans un pays qui sombrait de plus en plus et qui n’avait rien à offrir aux gens « rêveurs », venant d’une famille de classe moyenne, avec des moyens matériels limités, comme moi.

Mais je n’ai jamais pris le chemin facile dans ma vie.

Je suis parti un dimanche soir de septembre 2004, et je me suis installée ici, en France, non sans peines, assurant les cours à l’université pour obtenir un diplôme universitaire et espérer un avenir meilleur, brillant, tout en cumulant les petits boulots ( vendeuse, standardiste, babysitter, vendanges saisonnières et j’en passe) pour assurer ma survie locale et payer mes études. Je n’avais pas revu ma famille pendant les 4 années qui ont suivi mon installation ici.
Mais j’ai eu la chance de croiser des gens formidables sur mon chemin, qui m’ont beaucoup aider dans mes pires moments de galère, m’héberger en plein hiver parce que j’étais à la rue, me donner un toit, à manger. Quand on est immigré ces amis là sont la famille. Je leur suis reconnaissante et les portent à jamais dans mes prières.

Il y a eu aussi ces gens qu’on rencontre et qui, au-delà de la compassion et l’humanité, changent radicalement votre vie. J’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un qui a cru en moi artistiquement et qui m’a aidé à me mettre, professionnellement, dans la musique, qui m’a aidé à réaliser mon premier EP. Depuis ce jour de 2008 où il m’a booké à mon insue une première séance d’enregistrement dans un studio parisien, je n’ai plus jamais quitter ma voie, ma destinée, ma vie musicale et artistique. Grâce à lui je suis mon chemin de musicienne, j’ai depuis pu réaliser le rêve de me produire et chanter dans les plus belles salles françaises, de partir en tournée, d’ aller même outre-atlantique et collaborer musicalement avec différents artistes là-bas, aux Etats-Unis, et passer du temps avec les enfants de Bob Marley (un autre rêve…). Je lui suis donc reconnaissante à Vie pour m’avoir pousser et encourager à m’investir, travailler dur, dans ce sens.

Mais ça n’a pas été de tout repos et un long fleuve tranquille malgré tout ça. La vie d’immigré rime souvent avec solitude, fatigue (morale et physique), mélancolie, survie, frustration etc… Sans parler des ruptures et déceptions amoureuses qui, tant pour les garçons que pour les filles, prennent des proportions douloureuses effrayantes dans ces portions de vie où on est fragile, où les repères sont quasi-inexistants et où la lutte est rude pour connaître une forme stabilité. La vie d’immigré flirte d’ailleurs parfois avec la dépression… Votre Foi mise à l’épreuve. Comme tout immigré, j’ai connu ces angoisses avant les RDV à la préfecture pour renouveller son visa, les nuits d’insomnies dans l’attente du renouvellement, sans compter les opportunités professionnelles qui me sont passées sous le nez parce que je n’étais pas en possession des papiers adéquats ou du « bon » passeport, gérer le décès d’un de vos parents à 12000kms, prendre l’avion non pas pour des vacances mais pour retrouver les siens dans un dernier aurevoir.

Oui, la vie d’une immigrée est cet étrange mélange de concrétisation de « rêves » et de frustration qui fait appel à des ressources insoupçonnées de votre être, comme une détermination sans faille et une Patience inégalée. Oui, vous vous surprenez, croyez-moi. Les malgaches comprendront ici que le dicton « miandry fa gasy » aura pris tout son sens en tant qu’immigré.

J’ai même failli rentrer, malgré moi, à Madagascar il y a 5ans. Mais je me suis battue. Et je suis toujours ici. Vivante plus que jamais, épanouie plus que jamais. Bref, après ces quelques douze années en France, l’Etat français m’a officiellement naturalisée en tant que citoyenne Française, lors d’une cérémonie, aujourd’hui.

C’est un moment fort. Non pas parce que mon rêve était de devenir française, non, mon rêve était d’être LIBRE.

Etre libérée des contraintes administratives pour faire de la musique à ma guise, pour m’investir dans des projets qui me passionnent mais qui demandaient « les bons » papiers, pour voyager sans contraintes au gré du vent aux quatre-coins du monde.
Oui, aujourd’hui je suis officiellement LIBRE.

A tous ces gens que j’ai croisé sur ma route et qui m’ont aidé, aiguillé, inspiré… MERCI.
Mais je ne serai pas ici en train de vous raconter tout ça sans mon Père, qui m’a appris à rêver, à voir les choses en grand, une inspiration sur son éthique de travail et sa patience et sans ma Mère, qui a été un modèle de courage et de détermination. Si eux deux ne croyaient pas en moi, je ne serai jamais en train de vivre la vie que je vis et que je chéris désormais chaque jour.

 

LEAVE A REPLY