Coco Masombika fera défiler ses créations à Milan

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Collection « L NATURE » – Paris, Juin 2016
Photos : David Bioux
Modèle : Mina Emka

La mode, les stylistes malgaches vous connaissez ? Avis partagé on dirait.

Aujourd’hui on vous emmène à la rencontre d’une des plus grandes stylistes de la Grande Île, Coco Masombika (qui veut dire grappe de noix de palmier) civilement appelée Michèle Voahangy Rafidison. Si par hasard vous ne la connaissez pas encore lisez l’interview jusqu’au bout !

Bonjour Michèle!

Qu’est-ce qui vous a poussé sur le chemin du stylisme ?

CM : J’ai aimé dessiner et depuis l’âge de 14 ans, je ne cessais de faire des croquis des vêtements que j’aimerai bien faire réaliser pour moi. A 20 ans, j’ai rencontré Bakoly, une talentueuse modéliste qui a fait ses études à Paris, aux beaux-arts, et qui a commencé à réaliser mes croquis pour que je puisse porter  mes propres créations. J’ai adoré cela, et  par la suite j’ai demandé à  ma couturière de me transmettre son savoir-faire qui a bien voulu accepter de m’enseigner la haute couture.

Quelles sont vos matières de prédilection ?

CM : Coco Masombika est une marque de mode éthique : à mon niveau sur Madagascar, pour ce faire, j’utilise les matières naturelles, les récup et j’en crée aussi par le biais de l’artisanat (broderie, tissage, etc) et du recyclage.

Pourquoi ce choix de matières ?

Les matières naturelles sont les plus supportées par le corps humain sinon celles à base de produits chimiques et synthétiques risquent fort d’intoxiquer la personne qui les porterait.

La récup et le recyclage pour protéger l’environnement des déchets tout court et pour contribuer à la réduction de la production de matières synthétiques en usines textiles.

Parlez-nous de ce que vous appelez l’ « artisanale couture » 

CM : J’appelle « Artisanale couture » mes créations haute couture, comme d’autres le font, dont Eric Raisina, notre talentueux styliste international,  qui nomme les siennes « Haute texture ». En effet, l’appellation « Haute couture » est protégée par la Chambre syndicale de la Haute couture et un créateur qui n’a pas obtenu l’accréditation de cette dernière ou qui  ne fait pas partie de la Chambre, ne devrait pas désigner ses créations de Haute couture

Peut-on vraiment allier la mode et la protection de l’environnement (cas de Madagascar) ?

CM : Si on veut allier la mode et la protection de l’environnement, on peut, il suffirait juste qu’on le veuille bien.  Tout est histoire de comportement, de mode de vie et d’objectif à atteindre. « Rome ne s’est pas fait en un jour », et  commencer, continuer et y arriver serait l’idéal. Si on n’est pas assez fort pour arriver par nous-mêmes à protéger l’environnement dans lequel on vit, une solution est de ne  proposer que de la mode éco-solidaire sur le marché de la mode, car tout est dans la politique de l’offre et de la demande. A nos dirigeants de faire les bons choix.

Photo : David Bioux / Modèles : Sorayah, Jordan Rabemananjara, Claudio Rabe

Ou puisez-vous votre inspiration ?

CM : Je puise mon inspiration dans tout, et surtout en chaque personne que j’ai l’occasion de côtoyer.  L’environnement, les gens, les espaces, la nature,  mes rares voyages et tout objet peuvent être source de mes inspirations.

Dans quelle classe on peut essayer de vous caser ? Est-ce de la haute couture ? Du prêt-à porter ? ou autre ?

CM : Selon mes projets, à ce jour, je classe mes créations de « Prêt-à-Porter Haut de Gamme » avec beaucoup de pièces que j’appelle  « Artisanale couture », pour appeler les concernés à regarder mon travail de haute couture et me soutenir pour que je puisse atteindre mon objectif.

Michèle, vous faites des pièces avec quasiment tout, comme par exemple des fibres végétales, des chambres à air. Peut-on faire de la mode avec tout ?

Photo : David Bioux, Patrick Rajery

CM : Pour vous répondre, je vous dirai : « on peut faire de l’art avec tout ! »

Il n’y a pas de règles à respecter ?

CM : dans l’art, c’est l’artiste qui montre par ses œuvres, toutes les directives qu’il a pris pour faire son travail ; et aux observateurs et publics de les déceler, d’apprécier ou non son style. Dans la mode les règles fondamentales, c’est de respecter le consommateur, de l’informer, de penser à son bien-être, à son confort et à son esthétique. Et enfin, nous avons toujours des fans de la mode,  aussi fous que les créateurs.

La mode à Madagascar c’est quoi en fait ?

CM : La mode à Madagascar c’est toute une culture ! C’est aussi l’histoire.

Le résultat des créations des stylistes dépendent de leur moyen de travail, de leur environnement. C’est pour cela qu’en étant majoritaire  autodidacte, les créateurs Malagasy ont un talent inné du recyclage, car ils arrivent à créer du sublime à partir de rien.

Les stylistes Malagasy ont un grand respect et une grande fierté de leur culture traditionnelle, et mettent très souvent en valeur les  matières et savoir-faire traditionnels, identité des Malagasy.

L’histoire par contre nous montre tout ce que les étrangers ont amené comme matières ou produits dans le pays, influençant la Mode à Madagascar, c’est pour cette raison que certains achètent des grandes marques très connues dans le monde (grosse portefeuille) et d’autres achètent de la friperie ou des produits de confection made in China (moyenne et petite portefeuille).

Les stylistes Malagasy doivent souvent se faire connaître à l’extérieur dans l’espoir de faire un jour partie des grandes marques internationales, pour enfin espérer voir leurs créations achetées par leurs compatriotes. Concurrencer les Chinois ou la friperie est quasiment impossible car les moyens de production sont loin d’être comparables.

PHOTO : David Bioux / MODELES : Jordan Gourlay & Mina Emka

Et sinon, une bonne nouvelle à partager avec nos lecteurs. Au mois de septembre vous serez à la Milan Fashion Week, plus précisément le 24 septembre ! Dites-nous comment cela va se passer ? (nouvelle collection à présenter ou bien reprise des anciennes ?..)

CM : Le nom de ma collection pour Milan (le 24 septembre) et Paris (le 1er octobre) s’appelle « Extras Terriens », une partie sera présentée à Milan et la totalité à Paris, une collection printemps-été 2018, composée de vêtements pour homme, pour femme, de sacs, de chaussures et des bijoux, du Prêt-à-Porter Haut de Gamme et de l’Artisanale Couture.

Cette collection est un hommage à la planète terre et à ses habitants, nature et humains. Je voulais mettre en concurrence nos rêves d’extra-terrestre face à la réalité des terriens bien réels et extraordinaires, par leur savoir-faire, leur beauté et leur environnement.

C’est une nouvelle collection, mais si vous avez suivi toutes mes précédentes collections, j’annonce souvent en fin de présentation par le biais d’une ou 2 pièces le thème de la suivante.

For the road, un mot pour les stylistes malgaches qui tant bien que mal essayent de percer.

CM : Je suis une des 1ères fans des créateurs Malagasy, je connais leur talent et sais de quoi ils sont capables. Je les encourage à ne jamais lâcher car le moment venu, on les entendra, on les verra, on reconnaîtra leur travail. Et quand ce moment arrivera,  ce sont seulement ceux qui ont baissé les bras et qui seront absents qu’on ne verra pas.

Bon vent et bonne suite Michèle !