A la rencontre de cette jeunesse malgache sauvée par internet [Internaut Day]

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Malagasy + internet

A Madagascar, les jeunes diplômés sont souvent mal rémunérés. Tovo, sortant d’une école de comptabilité, travaille depuis trois mois. Il nous raconte qu’il gagne un salaire net mensuel de 500 000 ariary (140 euros), ce qui ne suffirait pas pour payer un logement décent, l’eau, l’électricité, et la nourriture ainsi que ses loisirs. De ce fait, il vit encore chez ses parents, en attendant une éventuelle promotion, dans deux ou trois ans, ce qui ferait doubler son salaire. Tovo est patient, mais de plus en plus de jeunes diplômés à Madagascar, surtout dans la capitale Antananarivo, refusent cette réalité du marché du travail. Et grâce à internet (et un peu de chance), il est possible aujourd’hui pour ces néo-rebelles de gagner un peu plus que le salaire d’entrée et de s’offrir une « vraie vie ».

Ils sont jeunes, éduqués, cultivés et ils ne cherchent pas du travail à Madagascar, mais en Europe. Le travail le plus courant est la rédaction de textes pour des éditeurs de sites web, en quête de visibilité sur les moteurs de recherche.

Alors qu’un rédacteur européen serait payé au moins 1 400 euros par mois, ces rédacteurs malgaches acceptent d’être rémunérés à moins de 500 euros par mois, et en freelance, ce qui signifie qu’ils négocient avec des clients et non des patrons.

C’est certes relativement peu, mais mieux que le salaire de comptable de Tovo, qui attend sa promotion.

Fannie fait partie de ces rédacteurs. Elle a fait des études de droit à l’Université d’Antananarivo. Il y a un an, elle a commencé à travailler dans une entreprise malgache, puis s’est convertie au freelance après seulement 2 mois d’essai. « Le salaire ne me satisfaisait pas. Mais je n’avais pas trop le choix, nous raconte-t-elle. Aujourd’hui, j’écris pour un site web spécialisé en droit et je gagne trois fois plus que les gens de ma promo qui ont tenté l’aventure en entreprise ». Elle met actuellement de côté pour financer son projet de vie, qui est de fonder sa propre entreprise, car le CDI, pour elle, c’est de l’exploitation.

Et le cas de Fannie n’es pas isolé. D’autres, qui sont dans la même situation, utilisent des plateformes qui mettent en relation des clients (étrangers) avec les rédacteurs spécialisés. En contrepartie de la mise en relation, ces plateformes retiennent une petite part sur les revenus, puis les envoient au rédacteur via Western Union ou d’autres moyens de transfert d’argent internationaux.

La main d’œuvre malgache s’exporte via internet

La rédaction est le « truc » le plus courant. Mais d’autres métiers sont déjà externalisés à Madagascar. Par exemple, Le Blog de Madagascar a pu discuter avec un ingénieur BTP spécialisé dans les plans qui nous explique que depuis 6 mois, il ne travaille plus avec des clients malgaches, mais étrangers. « C’est mieux payé et les projets sont intéressants », nous explique-t-il.

Les développeurs et référenceurs, quant à eux, cherchent des contrats en freelance sur des sites comme codeur.org, où l’on peut trouver des contrats allant jusqu’à 5 000 euros. Safidy, sortante de l’école d’informatique de Fianarantsoa, nous raconte son émotion lorsqu’elle a reçu ses premiers revenus : « je n’y croyais pas, en un mois j’ai gagné presque 2 000 000 d’ariary (ndlr. 580 euros). Lorsque j’ai obtenu ma licence, je ne pensais pas gagner une telle somme avant d’avoir 40 ans ».

Il y a aussi la modération, qui consiste à lire des commentaires de sites et à les valider. Ce travail, qui ne requiert aucun diplôme, permet de gagner 300 euros à un freelance. Généralement, ce sont surtout les étudiants par correspondance qui le font.

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